Eero Saarinen, le moderniste venu du froid
16 février 2018

Eero Saarinen, le moderniste venu du froid

L’architecte et designer finno-américain est l'un des designers industriels le plus prolifiques et diversifiés du 20e siècle. Courbes structurelles, simples et radicales, le style exigeant de Saarinen se reflète dans chacun de ses projets.

C’est l’un des maîtres les plus prolifiques et controversés de l’architecture du vingtième siècle. Leader de la deuxième génération de modernistes de l’après-guerre, Eero Saarinen reste l'un des architectes les plus célébrés de son temps. Tant en Finlande – sa terre natale – qu’aux États-Unis, où il a passé la grande majorité de sa vie. C’est là-bas, au contact des plus grands (Charles Eames, Florence Knoll), que Eero Saarinen va libérer la puissance architecturale américaine. Et léguer un héritage dont s’inspirent les architectes d’aujourd’hui.

 

Une voie tracée

 

Né en Finlande en 1910, Eero Saarinen a baigné depuis toujours dans le design. Sa mère Loja Saarinen est une artiste spécialisée dans le design textile. Quant à son père Eliel Saarinen, architecte, il est le premier directeur de l’Académie d’art de Cranbrook, dans le Michigan où la famille Saarinen émigre en 1923. Avec ce pédigrée, la voie d’Eero Saarinen était toute tracée. Elle se construit pourtant au fil d’aller-retour entre les États-Unis et l’Europe.

 

Cranbrook, l’épicentre du renouveau

 

À la fin des années 1920, le jeune Eero Saarinen entame d’abord des études de sculpture à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris avant de se tourner vers l’architecture en étudiant à Yale. En 1934, il décide de repartir dans le Michigan pour enseigner à l'Académie d'Art de Cranbrook et travaille sur la conception de meubles. C'est à Cranbrook que Saarinen rencontre Charles Eames. Les deux jeunes hommes engagés dans l'exploration de nouveaux matériaux et de nouveaux procédés se lient rapidement d’amitié. Ils conçoivent toute une série de meubles en contreplaqué moulé pour le MoMA en 1940.

 

La renaissance d’après-guerre

 

Cranbrook est décidément une pépinière de designers prometteurs. Saarinen y rencontre Florence Knoll, la jeune protégée de Eliel Saarinen et figure emblématique de Knoll International. Lorsque Florence rejoint la légendaire maison spécialisée dans la production de mobilier de bureau, il est évident pour elle d’inviter Eero Saarinen à travailler et concevoir pour l’entreprise. Si la guerre décime l’Europe, elle suscite chez Saarinen, un élan créatif hors du commun. Dès 1945, l’architecte et designer finno-américain signe en effet ses plus grandes pièces pour Knoll International, dont le fauteuil «sauterelle» (1946-1947), avec des accoudoirs pliés en bois laminé.

 

Le siècle américain

 

Aux États-Unis, la consommation de masse favorise l'émergence du kitsch. Couleurs bubble-gum, matières brillantes, les plastiques sont dans l'air du temps. Eero Saarinen profite des progrès réalisés pendant la guerre dans le domaine des matériaux (contreplaqué moulé, fibre de verre, etc.) pour donner suite à ses idées. Les prototypes de formes organiques, notamment de chaises, qu'il a expérimentés dans les années 1940 débouchent sur une véritable industrialisation grâce à des firmes comme Knoll ou Herman Miller.

 

Moderniste de la deuxième génération

 

Pour Knoll International, Saarinen conçoit d’ailleurs plusieurs séries de meubles emblématiques. À l’instar de la collection «Womb» («utérus»), dont les pièces sont aussi confortables qu’un fœtus dans le ventre de sa mère. Mais aussi la collection baptisée «Pedestal Group» avec ses tables en plastique composées d’un seul pied central et se terminant organiquement en un disque au sol. La chaise «Tulipe» est le fruit de cette collection. En plus de ses réalisations dans le mobilier, Saarinen devient chef de file du Modernisme de la deuxième génération.

 

Une architecture innovante

 

Durant les décennies de l'après-guerre, Eero Saarinen contribue à une expression symbolique des plus puissantes de l'identité américaine à travers ses conceptions architecturales, comme le Saint Louis Gateway Arch (1948-64), le Centre Technique de General Motors (1948-56), le Terminal TWA (1956-62) de l’Aéroport de New York John F. Kennedy, qui reste son plus grand projet architectural. Bien qu’accusé par ses détracteurs d'inventer un nouveau style pour chaque œuvre, ses conceptions théâtrales diverses et parfois ostentatoires lui valent d’attirer des clients prestigieux qui jouent des rôles majeurs dans les nouvelles mouvances.

 

L’exigence du style

 

En effet, les clients d’Eero Saarinen contribuent tellement à son succès qu'il les considère comme co créateurs. Tout en aidant ses prédécesseurs à avancer en se concentrant sur la forme architecturale inspirée de nouvelles technologies de construction, l’architecte s'éloigne aussi fréquemment des compositions simples et abstraites en faveur d’effets visuels exubérants et de références historiques. À sa mort en 1961, Eero Saarinen laisse un remarquable corpus d’œuvres, et lègue un héritage fort mêlé d'innovation et de collaboration, dont la pratique architecturale d’aujourd'hui continue de s’inspirer.

 

Ses plus grandes réalisations

 

Fauteuil «sauterelle» (1946)

 

Collection «Womb» (1948)

 

«Pedestal Group» (1956)

 

Terminal aéroport JFK, New York  (1956-1962)

 

Aéroport Washington Dulles, Dulles (Virginie) (1962)

 

Gateway Arch, Saint-Louis (Missouri) (1947-1968)

 

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