David Weibel - Architecte
30 avril 2014

David Weibel - Architecte

Nous avons eu le plaisir d’échanger quelques mots avec David Weibel, architecte basé à Genève, créateur des plus beaux projets neufs Cardis Immobilier Sotheby’s International Realty. Amoureux des mouvements Bauhaus et High Tech, ce natif du canton de Neuchâtel nous a ouvert les portes de son bureau et confié sa vision de l’architecture et du marché immobilier.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mon nom est David Weibel, je suis architecte. J’ai obtenu mon diplôme à l’EPFL en 1996. Rapidement, je suis parti en Australie où j’ai travaillé pour Harry Seidler & Associates, un des cabinets d’architecture les plus réputés du pays, mandaté pour d’importants projets de gratte-ciels, de développements urbains ou de logements. Cette expérience exceptionnelle a profondément marqué ma façon de travailler. En 2000, je suis rentré en Europe, plus précisément à Londres où j’ai travaillé chez Grimshaw Architects.

Là aussi, nous avions de beaux projets, dont celui de l’aéroport de Zürich. À cette époque, j’étais basé entre Londres et Zürich. Nous avions été invités à participer à plusieurs concours, dont ceux organisés par Merck Serono et Vacheron Constantin à Genève.

J’en ai profité pour débuter mon activité genevoise, en association avec un bureau de la place. De fil en aiguille, j’ai développé mon réseau, obtenu plusieurs clients avant d’ouvrir mon propre bureau. Cela fait maintenant 14 ans que je suis revenu. J’ai eu l’occasion de participer à plusieurs concours pour lesquels j’ai été primé, plusieurs mandats pour du logement, des projets d’usine et d’infrastructures, un peu de tout.

 

Pour quelle raison êtes-vous revenu en Romandie ?

Je suis revenu ici un peu par hasard. Lorsque j’étais basé à Zürich, nous devions partir à New York avec le bureau Grimshaw Architects. C’est à ce moment-là que nous avons été invités à participer au concours Merck Serono à Genève et nous sommes arrivés deuxièmes.

Cependant, les gagnants du concours m’ont demandé de les aider à réaliser le projet et c’est pour cette raison que je suis resté. J’ai ensuite rencontré les architectes locaux avec qui je me suis bien entendu. Nous nous sommes donc associés et je suis resté en Romandie.

 

Comment êtes-vous arrivé dans l’architecture ?

Mon choix s’est naturellement porté sur l’architecture, car j’adorais les arts graphiques et l’art en général. L’étude des grands mouvements architecturaux m’a toujours passionné ; tous ces aspects liés que l’on retrouve dans les études d’architecture m’ont convaincu de me lancer. D’ailleurs, ça m’a tout de suite plu. J’étais également très intéressé par le dessin, les nouveaux matériaux et les maquettes.

 

Quels sont les mouvements architecturaux qui vous ont le plus marqué ?

Le Bauhaus représente définitivement une rupture stylistique. Je pense avoir été pas mal influencé par ce mouvement qui fut la rampe de lancement du style international. Je suis aussi très touché par le style high-tech, un style rendu célèbre par des pionniers du XXe siècle que sont notamment Norman Foster, Michael Hopkins, Nicholas Grimshaw, Renzo Piano ou Richard Rodgers.

On peut dire que le High Tech a influencé toute une génération. Ce mouvement m’intéresse, car il secoue les codes architecturaux classiques, ces mêmes formules que l’on retrouve trop souvent en Romandie. Ici, la vision de l’architecture est très statique voir « vieillotte ». Il suffit d’aller à Zürich pour constater qu’outre Sarine l’architecture est plus audacieuse.

 

Pensez-vous qu'une œuvre architecturale doit nécessairement rendre hommage au lieu et à la région où elle se trouve ? Doit-elle s’inscrire dans la continuité culturelle ?

L’approche contextuelle fait partie de ma façon de travailler. Si je dessine un pont à côté d’un lac, par exemple, je fais en sorte d’intégrer harmonieusement le bâtiment dans ce contexte en incorporant un rappel naturel au niveau de la matière, de la couleur, etc. En ce sens, travailler avec des matériaux typiquement locaux est important, car cela facilite la création de ce rappel. Cependant, utiliser le contexte pour secouer les gens l’est d’autant plus.

La mission de l’architecte d’aujourd’hui est certes de respecter le contexte, mais également de revitaliser le lieu, redonner du rythme et proposer des signaux d’évolution. Une architecture purement contextuelle n’a aucun intérêt. Avec les règlementations communales, je dois avouer que ce n’est pas toujours facile de proposer des idées novatrices. Il y a beaucoup de contraintes de base avec lesquelles il faut savoir composer, sans pour autant tomber dans le pastiche.

 

Comment avez-vous rencontré Philippe Cardis ?

J’ai rencontré Philippe Cardis à Genève, lorsqu’il avait pour projet de construire sa villa au bord du lac ainsi qu’un immeuble à Pully. J’ai abordé le rendez-vous d’une manière un peu spéciale, car au lieu de venir simplement avec un plan, je suis venu avec plusieurs propositions. L’inspiration m’est venue tout de suite, il fallait aller chercher du côté du lac Léman et de la navigation.

J’ai proposé à Philippe de partir sur une idée de balcons en vague rappelant le lac, tout en posant en première ligne une maison contemporaine et fonctionnelle. Cette villa « pieds dans l’eau » aurait bien entendu tout ce qu’il faut pour naviguer. Le fait d’amener plusieurs idées sur la table lui a plu et nous avons commencé à dialoguer puis à travailler ensemble. Il m’a ensuite confié un autre projet. C’est ainsi qu’est née notre collaboration.

 

Vous travaillez sur beaucoup de projets neufs ensemble. Qu’est-ce qui vous unit ?

J’apprécie sa manière de lire le marché. Nous avons un rapport professionnel qui laisse beaucoup de place à l’échange d’idées et au dialogue. Philippe possède cette façon très claire d’exprimer les choses : des idées simples, efficaces et rationnelles. Depuis, en gardant cette logique, nous avons développé plusieurs projets d’ampleur. Il s’agit de projets complexes tant au niveau architectural que politique.

En effet, dialoguer avec les communes n’est pas toujours évident, car il y a souvent des oppositions. Il faut trouver un terrain d’entente et « arrondir les angles ». Dans ce genre de cas, avoir la même vision des choses, se comprendre rapidement et avoir des qualités complémentaires est primordial.

 

Qu’est-ce que « savoir construire » signifie en 2014 ?

Lors de notre deuxième ou troisième rencontre, lorsque je suis allé le voir à Lausanne, Philippe Cardis m’a emmené faire un tour en voiture afin que je comprenne ce qu’il voulait. À ce moment-là, il m’a dit : « Nos grands-parents savaient construire ». Nous partageons cet amour pour le côté historique, du travail méticuleux et durable.

Aujourd’hui, beaucoup d’architectes font de l’architecture « en papier », des constructions qui ne résistent pas bien à l’érosion du temps. Lors de mon expérience en Australie, j’ai tout de suite été confronté à des problèmes de construction, j’ai passé mes premières années professionnelles à travailler sur des projets concrets. Dès le début, j’ai été confronté à la notion de respect du planning, des coûts, d’isolation phonique, d’isolation thermique.

Affronter les réalités de la construction tôt dans une carrière permet à un architecte de rentrer directement dans le vif du sujet. On apprend donc ce que signifie « bien construire » sur le terrain. C’est parfois la meilleure façon d’apprendre et d’acquérir de l’expérience dans ce métier.

 

Dire que les bâtiments anciens sont tous bien construits, un lieu commun ?

La période du style Bauhaus, début XXe siècle, a décomplexé les architectes qui ont par la suite beaucoup expérimenté, notamment en essayant des matériaux inédits. Cela a donné de superbes immeubles qui malheureusement ont très mal vieilli. Aujourd’hui, ils tombent en morceaux, contrairement à ceux d’avant qui tiennent encore. On peut dire qu’à ce moment précis, il y a eu un creux historique au niveau de la fiabilité de construction.

Actuellement, les techniques et matériaux de construction sont arrivés à maturité. On y construit à nouveau des édifices plus durables. Au fond, mon but est le même que celui Philippe Cardis : proposer une qualité de construction durable faite de beaux matériaux durables, typiques des immeubles présents notamment sur l’Arc lémanique. Ceux qui perdurent encore aujourd’hui, bien entendu (rires).

 

Comment avez-vous amorcé ce passage aux constructions labélisées MINERGIE ?

D’une façon générale, le développement durable est une problématique essentiellement contemporaine. De nos jours, l’écologie a pris une place prépondérante dans les constructions et la vie de tous les jours alors qu’à l’époque on en rigolait. Personne n’était intéressé par construire « MINERGIE », ni les clients, ni les constructeurs n’y voyaient un réel intérêt. Personnellement, j’y ai cru assez vite. Ce label est synonyme d’éco-responsabilité, mais également d’économie financière en terme de chauffage.

C’est pour ces raisons que j’ai proposé à Philippe Cardis de partir sur du « MINERGIE » et c’est ce que nous avons fait sur certains projets. En tant qu’architecte, je dois avouer que ce n’a pas été facile de sensibiliser les promoteurs à cette idée. À présent, c’est quasiment une évidence, principalement parce que c’est entré dans la législation. De plus en plus d’entreprises développent des produits « MINERGIE » élégants et parfaitement réussis, ce qui enrichit l’offre.

 

Certes, l’immobilier a évolué au niveau technique, mais qu’en est-il de son marché ?

Le marché immobilier a changé, aujourd’hui les PPE séduisent énormément de monde. Dans un contexte où le prix des terrains constructibles sur l’arc lémanique est aussi élevé que la demande de logements neufs, notre rôle est de répondre à cette demande. En nous inspirant du modèle européen, où les appartements sont plus petits, nous devons faire en sorte que chaque mètre carré soit parfaitement géré, afin de proposer un résultat final à un prix attractif.

Beaucoup de gens sont demandeurs, mais peu se voient accorder des crédits. Vendre trop cher est aujourd’hui une illusion. Preuve en est, beaucoup de plans dessinés pour des projets neufs, il y a quelques années seulement, sont maintenant systématiquement revus et corrigés. On vise à créer quelque chose de plus petit, plus fonctionnel et plus malin pour arriver à des prix réalistes qui entraînent des ventes extrêmement rapides.

 

Pouvez-vous nous citer un exemple de projet neuf « corrigé » ?

En ce qui concerne Cardis | Sotheby’s International Realty, l’exemple le plus parlant et sans doute le projet neuf Domaine du village à St-Sulpice. Nous avons revu le projet, après l’avoir testé au Salon de l’Immobilier 2013. Nous avons constaté qu’il fallait réduire la taille des appartements, car les grands appartements se vendaient mal. Corriger le tir est chose aisée lorsque l’on travaille en équipe depuis plusieurs années et c’est le cas avec Philippe Cardis, Yves Cherpillod et Martin Thibaud (responsable des projets neufs).

 

Que signifie travailler avec des experts de référence du marché immobilier ?

Philippe Cardis est très à l’écoute du marché, il maîtrise parfaitement son environnement. C’est également un visionnaire avec une mentalité de décideur. C’est un skipper, il prend des risques maitrisés et guide son équipage, il sait où il va et possède des objectifs de réussite. Travailler avec des personnes possédant cette philosophie est profitable, au final c’est du « Win Win», tant pour les collaborateurs que pour les clients.

Le démarrage de Cardis Immobilier Sotheby’s International Realty va nous permettre de pénétrer le marché d’une manière encore plus pertinente et continuer d’affiner nos produits. En ce qui me concerne, travailler avec des experts immobiliers de référence, c’est surtout partir sur des projets stables, bien réfléchis, bien montés et réalistes.

 

Pouvez-vous nous parler de votre cabinet d’architecte ?

J’ai créé ma propre structure, David Weibel Architecte, il y a bientôt trois ans. Après toutes ces expériences internationales et deux expériences en SA au sein de bureaux de la place, j’ai décidé de monter une activité qui me corresponde entièrement.

Notre structure est simple, nous avons deux bureaux. Le bureau genevois est consacré au design, à la conception et à l’administration. Il peut accueillir entre quatre et cinq personnes et j’y vais tous les jours. L’autre bureau se trouve à Lausanne, il possède la même capacité, mais est principalement dédié à l’exécutif.

 

Quelle est la philosophie derrière David Weibel Architecte ?

L’idée générale du bureau est de ne faire que de la qualité. Nous sommes convaincus de pouvoir apporter une réelle plus-value par notre approche. Mon équipe est constituée de beaucoup de stagiaires EPFL, d’apprentis, ainsi que d’un noyau dur d’architectes techniciens qui réalisent tous les projets d’exécution. J’ai voulu réunir autour de moi des personnes avec qui j’ai l’habitude de travailler, une équipe de dix personnes maximum afin de ne plus avoir à gérer d’interminables procédures administratives.

Chez nous, tout est géré à l’interne, nous travaillons en partenariat avec d’excellents constructeurs. Je laisse plus de place au plaisir, je reviens au « small is beautiful ». Mon business model est Harry Seidler & Associates avec qui j’ai eu la chance de travailler en Australie. Ensemble, nous avons construit des bâtiments gigantesques, tout en restant une petite équipe soudée. Certains architectes ont travaillé jusqu’à 30 ans dans son bureau, aidés de jeunes qui venaient apprendre le métier.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Mon inspiration provient de mes voyages, de mon intérêt pour les arts et la culture en général. C’est cette ouverture d’esprit, cette curiosité que je retrouve chez mes collaborateurs et que j’aime apporter à mes clients. L’inspiration peut également être le fruit d’un échange avec un mandataire, d’une suggestion, de nouvelles pistes ou même d’une contrainte.

L’important est de rester à l’écoute des tendances, du marché, de l’actualité afin de se renouveler sans cesse et de fournir un travail d’artisan. C’est aussi pour cette raison que je veux garder un effectif réduit. Il est très compliqué d’obtenir le même niveau d’exigence lorsque l’on est à la tête d’une grande structure.

 

En ce sens, la technologie est-elle votre alliée ?

C’est une évidence, l’évolution des programmes informatiques architecturaux permet de travailler plus vite. Mes stagiaires peuvent sortir plusieurs projets en un mois, les logiciels de dessin sont plus puissants. On dessine en 3D, mais la technologie ne remplacera jamais le côté artisanal que j’affectionne tout particulièrement.

 

En quelle mesure la manufacture de maquettes est-elle une partie essentielle de votre métier ?

Nous sommes un atelier, nous faisons donc nos maquettes en carton, nous dessinons des croquis, nous échangeons avec les entreprises et quand tout cela est bien digéré, nous « envoyons au dessin ». Ici, les jeunes doivent apprendre à dessiner et à raisonner. L’idée est de pousser tout le monde à être créatif, c’est ce que mes collaborateurs et moi-même souhaitons.

Lorsqu’un jeune se présente chez nous, je demande toujours s’il aime faire les maquettes. Pour moi, la fabrication de maquette est une étape primordiale, c’est la seule façon de représenter le projet d’une façon réaliste. Bien qu’aujourd’hui il existe des imprimantes numériques, je reste convaincu que construire soi-même une maquette, expérimenter et regarder la lumière sur la pièce est essentiel pour affiner ses idées puis, dans un second temps, convaincre le client. Cette étape est propre à notre bureau et j’y tiens.

 

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